Ca faisait bien deux mois qu’on délirait mon pote Jéjé et moi, sur la recherche d’un bon mulet pour aller tous les jours au boulot. C’est pas que ça nous saoule de rouler plié en deux sur nos caferacers aussi confortables qu’une poutre en acier. Et aussi lourde. Faut vous dire, on roule en Guzzi. Non c’est plutôt qu’on se sentait animés d’une mission divine. C’est qu’après les avoir quasiment sauvées de la déchetterie et refaites soit à neuf pour Jéjé, soit en état d’usage pour la mienne, on voulait qu’elles vivent aussi longtemps que nous. Et vu que pour le shoot final dans la poubelle, on n’est pas hyper pressés, va falloir qu’elles tiennent encore quelques bornes. Alors pour aller travailler autant pas les user à slalomer sur l’autobeurk en seconde au milieu des voitures arrêtées. D’où la recherche…

Le cahier des charges était assez simple : il fallait une moto facile à entretenir, qui soit pas trop moche et dans le cas où l’essence finisse vraiment par coûter aussi cher que l’huile de genou de moineau albinos, qu’elle consomme le moins possible. Et pour finir qu’il faille pas piller le compte épargne des gosses pour l’acheter. Bref t’as compris, on aimait nos caferacers, mais on se retrouvait dans la même situation qu’un mec qui sortirait avec une danseuse du Crazy Horse et qui réaliserait que non avec elle ça va pas être possible les courses hebdomadaires chez Lidl.

C’est là que le délire a commencé. Tout le monde y est allé de sa proposition foireuse. Pour la fiabilité avec entretien mini, les japonaises semblaient évidentes. Un flat BM aussi note bien. Mais les japonaises sont japonaises et les bavaroises-plates commencent à être des motos de dentistes en mal de lifestyle décalé. Tsé, ceux qui arrêtent de se raser le mercredi pour avoir la gueule qui va avec la chemise à carreau le samedi. Tu remarqueras qu’à ce niveau de la discussion personne n’avait tenté de proposer une italienne. Attends, on les connaît les italiennes, on en a. Du coup on sait bien que pour rouler une heure faut en bricoler trois. C’est presque le ratio utilisation/entretien d’un chasseur de la deuxième guerre mondiale. Ou celui d’une vieille Triumph, tu nous la feras pas…
Bref au bout d’un mois, on n’était pas plus avancés.

Et puis comme d’habitude avec ce genre de réflexion, c’est l’occasion qui a fait les larrons : Jéjé a fait acheté une diversion, tu sais... le genre de moto, quand tu la vois ta première impression c'est que le design a été fait pour que ça fasse beau avec un topcase. Et moi ? Et ben pas mieux. J'ai trouvé une K75 ex-gendarmerie que j’ai payée plus cher qu’un plein d’essence, mais moins qu’une paire de pneus neufs. Sauf que la K75 elle était pas dans le quartier. Et pour aller la chercher, j’étais obligé de me balader toutes les vacances avec.

C’était nickel… En plus de récupérer à vil prix une moto d’usage, j’allais pouvoir mener une étude sociologique contemporaine en trois points.

Premièrement est-ce que la béhème bleue marine permet ou non de rouler à 200 sur autoroute sans se faire emmerder par les duls.

Ensuite j’allais essayer de mesurer si la rébellion gronde encore dans la jeunesse de Rance, en comptant combien de cailloux les sauvageons de ce pays allaient me lancer.

Pour finir je comptais tourner un film avec moi dans le rôle principal, portant une chemise à carreaux et zigzagant sur les routes de campagne. A mon retour j’aurais montré le film et lancé un grand sondage pour savoir si j'ai plus de lifestyle décalé que les barbus de chez blitz ou les culs plats des wrenchmonkees. Ainsi j’aurais compris où se niche ce fameux lifestyle décalé : si c'est dans la barbe, dans la moto ou dans la chemise à carreaux.



Mais si tu veux bien, je te raconterai ça une autre fois…

 

2007-09-22 10_02Si tu veux pouvoir admirer cette photo en grand, tu peux cliquer dessus.
Je sais pas pourquoi mais quelque chose me dit que tu vas pas le faire...