Aujourd'hui, avec ce courrier, le foutraque garage inaugure une nouvelle rubrique : Paroles de motards.
C'est vous qui le vivez, c'est vous qui le dites.

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Mercredi après-midi 14h00, je pars de chez moi pour aller à xx. Peu après XX il y a un ralentissement à 70 pour des travaux terminés depuis un bon mois, mais les panneaux y sont toujours.
Je suis une Clio blanche, qui elle même suit un break Ford blanc, ça roule à environ 60 ; il y a un radar fixe à cet endroit là. Le premier a peut-être peur de dépasser la vitesse et roule plus lentement.
Après la reprise à 90, il y a une ligne blanche continue, sur une ligne droite d'environ deux kilomètres. Ça roule à mon compteur à 80/85 pas plus. Enfin la ligne devient discontinue, on peut doubler, la voiture devant moi ne passe pas, elle suit toujours. Je décide de la doubler. Cligno, rien derrière, j’ouvre et double les deux voitures. Je me rabats avant une grande courbe sur la gauche avec une excellente visibilité, d’ailleurs la ligne blanche est toujours discontinue.
Je reprends à mon allure habituelle, environ 100/105 à mon compteur.
Dans mon rétro le break Ford me rattrape, je continue à la même allure.
Aie ! Un giro bleu apparaît sur le coté du toit. Je ralentis, la voiture me colle de plus près, il va finir par me pousser, je me gare.
Ce sont des CRS dans une voiture banalisée, à leurs bottes je reconnais des motards, ils ont tous les deux des galons. Encore naïf, je me dis que pour un si petit dépassement de vitesse, ça va s’arranger.

Formule de politesse, puis :
- Vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ? Vitesse excessive, on a été obligés de rouler à 130 pour vous rattraper. Conduite dangereuse, il y avait un virage. Mise en danger de la vie d’autrui, si quelqu’un était arrivé vous auriez fait quoi ?

Je reste comme à mon habitude calme et poli. Je reconnais les 10 à 15 km/h de plus à mon compteur par rapport aux 90 de la route, en pensant qu'ils les réduiront d'eux-mêmes de l'imprécision supposée de tous les compteurs. Par contre je conteste la conduite dangereuse et la mise en danger de qui que ce soit. Je leur fais aussi remarquer que ça n'est pas parce qu'ils ont été obligés de rouler à 130 que je roulais à cette vitesse. Qu'un véhicule qui veut en rattraper un autre doit forcément rouler plus vite que le premier. Par contre, j'évite de leur faire remarquer que lorsqu'ils me suivaient à moins de deux mètres, là il y avait un vrai danger de me rouler dessus, si j'étais tombé ou si j'avais dû freiner d'urgence.

Je reçois une vraie leçon de morale, sur le comportement dangereux des motards, sur la peur qu’on inspire aux autres usagers, les dangers de la vitesse excessive, sur l'incivilité dont font preuve tous les conducteurs de deux roues. (oui, il a dit "TOUS")
Lorsqu’il a fini, il me demande ce que j’en pense. Je préfère ne pas polémiquer et je réponds que je suis désolé d’avoir dépassé la vitesse limite, que je suis d’accord avec ses propos, que moi-même qui suis impliqué dans des stages de formation à destination des élèves des collèges, je tiens le même discours.
Il me dit qu’il en tient compte et va ne me mettre qu’une seule prune à 90 € pour dépassement sans visibilité, vous savez on n'est pas là pour vous enfoncer ! Puis il me dit que si je veux contester le PV, il existe une procédure pour ça.

Avant de remonter en voiture, il me demande si j’ai des questions à lui poser.
- Oui tenez, à ma place qu’est-ce que vous auriez fait ?
Il reste droit dans ses bottes.
- Moi, monsieur, je serais resté derrière.
Là, je me suis dit qu’en plus, il me prenait pour un con.

L'année prochaine, j'aurai 70 ans. J’ai eu le permis moto en 1958. J'ai probablement eu parfois de la chance, mais en auto comme à moto je n’ai jamais eu d’accident. Je n’ai jamais eu de prune non plus, même pas pour stationnement interdit. Je ne bois pas, je n'ai donc jamais conduit sous l'emprise de l'alcool. Et quand j'analyse mes attitudes de conducteur, je crois sincèrement faire partie de ceux qui respectent les règles, mêmes quand certaines d'entre elles me paraissent inappropriées. Et toujours, à chaque instant, dans chaque courbe, avant chaque dépassement, je pense d'abord à la sécurité avant de profiter du plaisir.

Aujourd'hui pour la première fois, je me demande si le plaisir n'est pas en train de céder aussi le pas à l'aigreur. Et au dégoût de constater que parmi ceux qui sont chargés de faire respecter la loi, je ne trouve pas toujours la trace de l'intelligence nécessaire à l'appréciation de ce qui est un danger ou pas.

Charles, septembre 2009

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